Lou Chenivesse


Installation, (eau, table 200x100x100 cm, bac, vaisselles, poulet, patate, salade, vin)
Vidéo Projection, 300x250
Le Repas de famille est une installation qui propose un diptyque de deux tables.
La première, bien réelle, est installée dans l’espace. Un reste de repas, de la vaisselle, un verre cassé qui raconte une dispute et mystérieusement, la nappe trempée dégouline encore et encore, en produisant un léger son de ruissellement.
La seconde est une simulation 3D photoréaliste de la même table, vidéo projetée à la même échelle sur un écran. L’eau n’est pas visible mais prend corps dans le mouvement de vagues de la nappe et dans l’apesanteur des objets et de la nourriture qui s’élèvent lentement pour quitter l’image. La table est comme totalement immergée.
Au premier coup d’œil, ce mouvement est presque imperceptible, mais peu à peu, dans le va- et-vient du regard entre l’espace réel et virtuel, se révèle le lent changement de la composition de l’image.
Mais des deux tables, les convives sont absents. Ils ont quitté soudainement le repas, ou du moins ne sont pas visibles. Ou peut-être est-ce le spectateur qui dîne, invité à son propre repas de famille, à s’asseoir parmi ceux qui sont absents.
De nombreuses cultures envisagent l’eau comme un élément de passage entre les morts et les vivants. Dans la mythologie grecque, on traverse le Styx. En Corse, on place un bol d’eau sous le lit du défunt pour capter son âme. Dans la mythologie celte, elle incarne matériellement le monde des morts, un monde englouti, faisant de la surface de l’eau un espace liminal, au seuil de la mort.
Dans son hydroféminisme, Astrida Neimanis, met en évidence par une approche matérialiste que l’eau est « un.e intermédiaire et un mode de connexion”. Constitués de 60 à 90% d’eau, nos corps sont des étendues d’eau. Cette même eau, présente sur terre depuis plus de quatre milliards d’années. “ De même que les courants océaniques transportent tout à la fois la chaleur du soleil, les bancs de poisson et les îles de plastique en décomposition d’une mer planétaire à une autre, de même nos corps d’eau sont des supports pour des échanges matériels ». Ainsi, « boire un verre d’eau, c’est ingérer les fantômes des corps qui la hantent ».
L’eau devient liant, connexion, écotone entre visible et invisible, fantômes et vivants, organique et inorganique.
Chez Astrida Neimanis, nos corps coulent, dégoulinent, ruissellent, traversent l’espace et le temps. Donna Haraway, conçoit un temps vertical qui met en échec la dimension linéaire de la temporalité naturaliste occidentale. Elle fait exister passé, présent et futur dans « un présent épais », en strates, en couches, qui se superposent. Ainsi les passés ne sont pas derrière nous, mais le sol sur lequel nous nous appuyons, comme une réalité qui n’est pas inerte, morte ou disparue, mais qui peut de temps à autre refaire surface.


Le temps suspendu
œuvres
exister passé, présent et futur dans « un présent épais », en strates, en couches, qui se superposent. Ainsi les passés ne sont pas derrière nous, mais le sol sur lequel nous nous appuyons, comme une réalité qui n’est pas inerte, morte ou disparue, mais qui peut de temps à autre refaire surface.
Par l’eau qui coule en continu et le repas visiblement en cours, la table réelle propose un temps suspendu en faisant cohabiter des strates de temps. Le repas qui a eu lieu, le repas qui est en cours, et le repas qui sera toujours. L’instant infini s’écoule, au rythme du son des gouttes d’eau.
Le Repas de famille offre au spectateur un espace de recueillement pour ses morts autour du rituel d’un repas. Selon le sociologue Maurice Godelier, les rituels mortuaires sont au fondement de toutes les sociétés humaines, ainsi que la croyance dans une vie après la mort et la préparation et l’accompagnement du défunt pour un autre monde. Mais comme le souligne l’anthropologue Gregory Delaplace, uniquement la prise en charge des vivants dans leur deuil reste commune à toutes les sociétés contemporaines. La prise en charge du mort, elle, a disparu depuis peu dans les sociétés occidentales, pour laisser place à une recherche d’immortalité par le biais de la science et des nouvelles technologies. On peut citer les hologrammes de Whitney Houston et Oum Kalsoum qui donnent des concerts à travers le monde ou encore les recherches financées par Elon Musk, espérant transférer le cerveau humain dans un ordinateur lui-même installé dans un corps robotique.
En réponse à cette disparition, Le Repas de famille invite le spectateur à prendre place dans un espace où l’eau ouvre une brèche, un espace liminal entre mort et vivant. Grâce à sa fluidité, elle s’infiltre par des fissures, connecte des mondes et des temps, communément séparés, et craquelle leurs frontières imaginées, pour dégouliner aussi bien de la mer, des murs, que des êtres. Les fantômes se manifestent par leurs traces, et le vivant, tel Orphée, peut se joindre à eux pour prendre place dans le repas funèbre, entourés de ses morts.
Se superposent alors les corps des fantômes qui habitent la table, de tous les fantômes de chacun des spectateurs, des spectateurs passés, présents et à venir.
La table de la vidéo quant à elle, est inaccessible à celui qui la regarde. Elle est totalement submergée dans la profondeur des eaux, enfouie dans le monde des morts, interdite aux vivants. Elle semble de prime abord proposer aussi un temps suspendu. Mais le temps coule, les objets quittent lentement la table peu à peu pour disparaître complètement. La brèche s’est refermée, on ne peut plus qu’observer ses morts de loin.
le repas de famille
les gisantes
le repas de famille

Installation, (eau, table 200x100x100 cm, bac, vaisselles, poulet, patate, salade, vin)
Vidéo Projection, 300x250
Le Repas de famille est une installation qui propose un diptyque de deux tables.
La première, bien réelle, est installée dans l’espace. Un reste de repas, de la vaisselle, un verre cassé qui raconte une dispute et mystérieusement, la nappe trempée dégouline encore et encore, en produisant un léger son de ruissellement.
La seconde est une simulation 3D photoréaliste de la même table, vidéo projetée à la même échelle sur un écran. L’eau n’est pas visible mais prend corps dans le mouvement de vagues de la nappe et dans l’apesanteur des objets et de la nourriture qui s’élèvent lentement pour quitter l’image. La table est comme totalement immergée.
Au premier coup d’œil, ce mouvement est presque imperceptible, mais peu à peu, dans le va- et-vient du regard entre l’espace réel et virtuel, se révèle le lent changement de la composition de l’image.
Mais des deux tables, les convives sont absents. Ils ont quitté soudainement le repas, ou du moins ne sont pas visibles. Ou peut-être est-ce le spectateur qui dîne, invité à son propre repas de famille, à s’asseoir parmi ceux qui sont absents.
De nombreuses cultures envisagent l’eau comme un élément de passage entre les morts et les vivants. Dans la mythologie grecque, on traverse le Styx. En Corse, on place un bol d’eau sous le lit du défunt pour capter son âme. Dans la mythologie celte, elle incarne matériellement le monde des morts, un monde englouti, faisant de la surface de l’eau un espace liminal, au seuil de la mort.
Dans son hydroféminisme, Astrida Neimanis, met en évidence par une approche matérialiste que l’eau est « un.e intermédiaire et un mode de connexion”. Constitués de 60 à 90% d’eau, nos corps sont des étendues d’eau. Cette même eau, présente sur terre depuis plus de quatre milliards d’années. “ De même que les courants océaniques transportent tout à la fois la chaleur du soleil, les bancs de poisson et les îles de plastique en décomposition d’une mer planétaire à une autre, de même nos corps d’eau sont des supports pour des échanges matériels ». Ainsi, « boire un verre d’eau, c’est ingérer les fantômes des corps qui la hantent ».
L’eau devient liant, connexion, écotone entre visible et invisible, fantômes et vivants, organique et inorganique.
Chez Astrida Neimanis, nos corps coulent, dégoulinent, ruissellent, traversent l’espace et le temps. Donna Haraway, conçoit un temps vertical qui met en échec la dimension linéaire de la temporalité naturaliste occidentale. Elle fait exister passé, présent et futur dans « un présent épais », en strates, en couches, qui se superposent. Ainsi les passés ne sont pas derrière nous, mais le sol sur lequel nous nous appuyons, comme une réalité qui n’est pas inerte, morte ou disparue, mais qui peut de temps à autre refaire surface.
le repas de famille

Par l’eau qui coule en continu et le repas visiblement en cours, la table réelle propose un temps suspendu en faisant cohabiter des strates de temps. Le repas qui a eu lieu, le repas qui est en cours, et le repas qui sera toujours. L’instant infini s’écoule, au rythme du son des gouttes d’eau.
Le Repas de famille offre au spectateur un espace de recueillement pour ses morts autour du rituel d’un repas. Selon le sociologue Maurice Godelier, les rituels mortuaires sont au fondement de toutes les sociétés humaines, ainsi que la croyance dans une vie après la mort et la préparation et l’accompagnement du défunt pour un autre monde. Mais comme le souligne l’anthropologue Gregory Delaplace, uniquement la prise en charge des vivants dans leur deuil reste commune à toutes les sociétés contemporaines. La prise en charge du mort, elle, a disparu depuis peu dans les sociétés occidentales, pour laisser place à une recherche d’immortalité par le biais de la science et des nouvelles technologies. On peut citer les hologrammes de Whitney Houston et Oum Kalsoum qui donnent des concerts à travers le monde ou encore les recherches financées par Elon Musk, espérant transférer le cerveau humain dans un ordinateur lui-même installé dans un corps robotique.
En réponse à cette disparition, Le Repas de famille invite le spectateur à prendre place dans un espace où l’eau ouvre une brèche, un espace liminal entre mort et vivant. Grâce à sa fluidité, elle s’infiltre par des fissures, connecte des mondes et des temps, communément séparés, et craquelle leurs frontières imaginées, pour dégouliner aussi bien de la mer, des murs, que des êtres. Les fantômes se manifestent par leurs traces, et le vivant, tel Orphée, peut se joindre à eux pour prendre place dans le repas funèbre, entourés de ses morts.
Se superposent alors les corps des fantômes qui habitent la table, de tous les fantômes de chacun des spectateurs, des spectateurs passés, présents et à venir.
La table de la vidéo quant à elle, est inaccessible à celui qui la regarde. Elle est totalement submergée dans la profondeur des eaux, enfouie dans le monde des morts, interdite aux vivants. Elle semble de prime abord proposer aussi un temps suspendu. Mais le temps coule, les objets quittent lentement la table peu à peu pour disparaître complètement. La brèche s’est refermée, on ne peut plus qu’observer ses morts de loin.
le repas de famille
œuvres
Installation, (eau, table 200x100x100 cm, bac, vaisselles, poulet, patate, salade, vin)
Vidéo Projection, 300x250
Le Repas de famille est une installation qui propose un diptyque de deux tables.
La première, bien réelle, est installée dans l’espace. Un reste de repas, de la vaisselle, un verre cassé qui raconte une dispute et mystérieusement, la nappe trempée dégouline encore et encore, en produisant un léger son de ruissellement.
La seconde est une simulation 3D photoréaliste de la même table, vidéo projetée à la même échelle sur un écran. L’eau n’est pas visible mais prend corps dans le mouvement de vagues de la nappe et dans l’apesanteur des objets et de la nourriture qui s’élèvent lentement pour quitter l’image. La table est comme totalement immergée.
Au premier coup d’œil, ce mouvement est presque imperceptible, mais peu à peu, dans le va- et-vient du regard entre l’espace réel et virtuel, se révèle le lent changement de la composition de l’image.
Mais des deux tables, les convives sont absents. Ils ont quitté soudainement le repas, ou du moins ne sont pas visibles. Ou peut-être est-ce le spectateur qui dîne, invité à son propre repas de famille, à s’asseoir parmi ceux qui sont absents.
De nombreuses cultures envisagent l’eau comme un élément de passage entre les morts et les vivants. Dans la mythologie grecque, on traverse le Styx. En Corse, on place un bol d’eau sous le lit du défunt pour capter son âme. Dans la mythologie celte, elle incarne matériellement le monde des morts, un monde englouti, faisant de la surface de l’eau un espace liminal, au seuil de la mort.
Dans son hydroféminisme, Astrida Neimanis, met en évidence par une approche matérialiste que l’eau est « un.e intermédiaire et un mode de connexion”. Constitués de 60 à 90% d’eau, nos corps sont des étendues d’eau. Cette même eau, présente sur terre depuis plus de quatre milliards d’années. “ De même que les courants océaniques transportent tout à la fois la chaleur du soleil, les bancs de poisson et les îles de plastique en décomposition d’une mer planétaire à une autre, de même nos corps d’eau sont des supports pour des échanges matériels ». Ainsi, « boire un verre d’eau, c’est ingérer les fantômes des corps qui la hantent ».
L’eau devient liant, connexion, écotone entre visible et invisible, fantômes et vivants, organique et inorganique.
Chez Astrida Neimanis, nos corps coulent, dégoulinent, ruissellent, traversent l’espace et le temps. Donna Haraway, conçoit un temps vertical qui met en échec la dimension linéaire de la temporalité naturaliste occidentale. Elle fait exister passé, présent et futur dans « un présent épais », en strates, en couches, qui se superposent. Ainsi les passés ne sont pas derrière nous, mais le sol sur lequel nous nous appuyons, comme une réalité qui n’est pas inerte, morte ou disparue, mais qui peut de temps à autre refaire surface.
Par l’eau qui coule en continu et le repas visiblement en cours, la table réelle propose un temps suspendu en faisant cohabiter des strates de temps. Le repas qui a eu lieu, le repas qui est en cours, et le repas qui sera toujours. L’instant infini s’écoule, au rythme du son des gouttes d’eau.
Le Repas de famille offre au spectateur un espace de recueillement pour ses morts autour du rituel d’un repas. Selon le sociologue Maurice Godelier, les rituels mortuaires sont au fondement de toutes les sociétés humaines, ainsi que la croyance dans une vie après la mort et la préparation et l’accompagnement du défunt pour un autre monde. Mais comme le souligne l’anthropologue Gregory Delaplace, uniquement la prise en charge des vivants dans leur deuil reste commune à toutes les sociétés contemporaines. La prise en charge du mort, elle, a disparu depuis peu dans les sociétés occidentales, pour laisser place à une recherche d’immortalité par le biais de la science et des nouvelles technologies. On peut citer les hologrammes de Whitney Houston et Oum Kalsoum qui donnent des concerts à travers le monde ou encore les recherches financées par Elon Musk, espérant transférer le cerveau humain dans un ordinateur lui-même installé dans un corps robotique.
En réponse à cette disparition, Le Repas de famille invite le spectateur à prendre place dans un espace où l’eau ouvre une brèche, un espace liminal entre mort et vivant. Grâce à sa fluidité, elle s’infiltre par des fissures, connecte des mondes et des temps, communément séparés, et craquelle leurs frontières imaginées, pour dégouliner aussi bien de la mer, des murs, que des êtres. Les fantômes se manifestent par leurs traces, et le vivant, tel Orphée, peut se joindre à eux pour prendre place dans le repas funèbre, entourés de ses morts.
Se superposent alors les corps des fantômes qui habitent la table, de tous les fantômes de chacun des spectateurs, des spectateurs passés, présents et à venir.
La table de la vidéo quant à elle, est inaccessible à celui qui la regarde. Elle est totalement submergée dans la profondeur des eaux, enfouie dans le monde des morts, interdite aux vivants. Elle semble de prime abord proposer aussi un temps suspendu. Mais le temps coule, les objets quittent lentement la table peu à peu pour disparaître complètement. La brèche s’est refermée, on ne peut plus qu’observer ses morts de loin.

le repas de famille









