CATALOGUE FELICITA

ENTRETIEN AVEC ANAÏDE DEMIR

 

A.D. : Le monde de l’invisible et la psychanalyse se croisent dans ton travail. Que cherches-tu à exprimer à travers ces notions ?

L.C. : Je m’intéresse au fantôme aussi bien en psychanalyse qu’en tant que croyance plus mystique. Il incarne l’idée d’un secret transmis de génération en génération, d’inconscient à inconscient, et dont le sujet hérite sans le savoir. Ce dernier est hanté par des histoires qui ne lui appartiennent pas directement, comme s’il les avait lui-même vécues. Hantés par les fantômes du passé qui flottent autour de nous, nous sommes les fantômes de ceux que nous précédons. L’idée d’une temporalité linéaire se délie, les époques passées, présentes et futures se superposent pour devenir une. Notre réalité environnante est pleine d’invisible et de mystère et ce serait la trahir de n’en retenir que l’apparence immédiate.

 

A.D. : Spectacle vivant, cinéma, documentaire, fiction : comment ces différents media s’accordent-ils dans ton travail ?

L.C. : J’aime entremêler ces différentes réalités, faire tomber la frontière entre fiction et documentaire, que le spectateur ne puisse plus démêler le vrai du faux. Dans Danser avec les ombres, film sur mon histoire familiale, je lie des images fantasmagoriques, poétiques à des entretiens  que j’ai réalisés auprès de membres de ma famille. C’est ma mère qui joue le rôle de mon arrière grand-mère. La théâtralité que j’insère dans mon travail participe de ce faux-semblant et le cinéma permet d’amener de la narration et d'aider à la crédulité du spectateur. Selon Nietzsche « il n’y a que des apparences, des fictions, des masques, bref du mentir vrai ». La réalité n’est qu’apparence et interprétation, et le monde plein et essentiellement constitué d’inconnu. La réalité fictionnelle est alors une interprétation comme une autre et peut donc avoir valeur de vérité.