DANSER AVEC LES OMBRES - LE LIVRE

Roman, 123 pages, 2019

« Danser avec les ombres » est un roman qui fonctionne en en écho avec  "Danser avec les ombres", le film. L'histoire se déroule à une époque antérieure à celui-ci. Le roman retrace l’histoire d’une famille (la mienne) de corses qui quittent leur pays pour s'installer au Maroc. Une question surgit alors : pourquoi soudainement quitter leur terre natale  et ne plus jamais y revenir ? 

Ici une autre maison que celle du film, mais une maison tout aussi centrale...  Leurs pieds s’enfoncent peu à peu dans la terre ,cette nouvelle terre, et se mêlent au fil des générations, de plus en plus profondément aux racines des arbres du jardin. Les anciens meurent. Fantômes, ils sont retenus dans la maison par des fils à la longueur vertigineuse qu’ils ne semblent pas percevoir et les laissent songer une liberté. Les vivants qui s’y bousculent les enlacent pour les emporter avec eux et guérir leur solitude. 

Puis la maison est abandonné

Je m’intéresse au fantôme aussi bien en psychanalyse qu’en tant que croyance plus mystique. Il incarne l’idée d’un secret transmis de génération en génération, d’inconscient à inconscient, et dont le sujet hérite sans le savoir. Ce dernier est hanté par des histoires qui ne lui appartiennent pas directement, comme s’il les avait lui-même vécues. Hantés par les fantômes du passé qui flottent autour de nous, nous sommes les fantômes de ceux que nous précédons. L’idée d’une temporalité linéaire se délie, les époques passées, présentes et futures se superposent pour devenir une. Notre réalité environnante est pleine d’invisible et de mystère, et ce serait la trahir de n’en retenir que l’apparence immédiate.

 

J’aime entremêler les différentes réalités, faire tomber la frontière entre fiction et documentaire,   que le spectateur ne puisse plus démêler le vrai du faux. Dans « Danser avec les ombres », je lie des images fantasmagoriques, poétiques des textes narratifs à des images plus documentaires accompagnées des entretiens que j’ai réalisés auprès de ma famille. C’est ma mère qui joue le rôle de mon arrière-grand-mère. La théâtralité que j’insère dans mon travail participe de ce faux-semblant, et le cinéma permet d’amener de la narration et d’aider à la crédulité du spectateur. Selon Nietzsche, «il n’y a que des apparences, des fictions, des masques, bref du mentir vrai». La réalité n’est qu’apparence et interprétation, et le monde plein et essentiellement constitué d’inconnu. La réalité fictionnelle est alors une interprétation comme une autre et peut donc avoir valeur de vérité, autant que le documentaire, et peut-être plus ?