Série de photographies numériques, 150 x 100m, 2018

Dans un âge très avancé, nous perdons nos facultés de parole, de mouvement. Notre corps se transforme, il est de plus en plus léger, comme si nous perdions notre consistance matérielle. Sa présence se réduit à celle d’une ombre, d’un corps inanimé pour être bientôt celle d’un fantôme. Alors, nous sommes des pré-fantômes. Notre comportement et notre être, comme s’ils faisaient une boucle, rejoignent ce que étions enfants. Nous parlons alors de régression, de sénilité, de dégénérescence mentale. Pourtant, peu de psy ou de neurologues se sont intéressés à ce qui se passe dans le cerveau à ce moment de nos vies. Cet état n’est-il pas plus une transformation qu’une régression ? Où sommes-nous quand notre esprit semble absent ? Peut-être sommes nous en contact avec autre chose, un ailleurs, une autre réalité et ceci grâce à une perception du monde qui se transforme. Quand mon grand-oncle sénile m’annonce s’être entretenu la semaine dernière avec mon grand-père mort il y a cinq ans, comment lui retirer toute véracité à ses propos si, pour lui ils se sont vraiment parlés ? La personne âgée c’est aussi celle qui fait un lien entre un temps passé et un temps présent, celle qui a connu un monde que nous ne connaîtrons jamais et qui en devenant muette, renferme et emporte pour toujours un secret avec elle, celui de nos origines.

LE SILENCE DES PASSEURS