ANTICHAMBRE

Installation vivante, 5x4m, 2018

On rentre dans une pièce où l'on voit, au loin, des pans de murs former un espace. Un bout de canapé dépasse de l'un d'eux provenant d'un espace caché, interdit au visiteur. Une lumière, comme arrivant d'une fenêtre, tombe sur le sol et vient se projeter sur le mur.

 

On traverse ensuite longuement la salle pour se rapprocher de l'installation. Une fois à son  niveau, lorsque  l'on vient se placer sur la gauche on découvre de l'autre côté du canapé un personnage assis, une veille dame habillée de noir qui regarde vers l'espace inconnu, vers la lumière. On fait demi-tour pour revenir sur ses pas et quitter la salle. On tombe maintenant sur une photographie accrochée au mur opposé à l'installation. Celle-ci représente le même espace mais celui-ci semble pourtant différent.

Cette espace caché représente un espace de projection mental, d'illusion, de faux semblant, un sas, une antichambre qui accompagne le spectateur vers un monde onirique, un espace de l'autre côté. On ne peut y accéder que par déplacement mental, il s'agit d'une abstraction. 

L'installation se présente comme une image, on ne peut y pénétrer, on l'observe comme on observe la photographie qui lui fait face. Le personnage que l'on découvre à l'intérieur lui donne une autre dimension, une dimension vivante, une dimension de temps. Il vient par la direction de son regard appuyer sur cet espace caché. Lui le voit, pas nous. C'est lui qui fait le lien, il est comme un passeur, celui qui nous emmène de l'autre côté.

C'est la vielle Corse aux yeux scellés et à la bouche murée. Elle traverse les différentes oeuvres. On la trouve d'abord dans le livre "Danser avec les ombres", puis dans le film qui porte le même nom, dans la série de photographie "Le silence des passeurs" et enfin dans cette installation. Ici la traversée du miroir est inversée. C'est un personnage qui sort de l'image pour rejoindre notre réalité tangible.

Ce travail est en quelque sorte une grille de lecture que je donne à lire pour le reste de mes pièces : attention, il ne faut pas se fier aux apparences et aux faux-semblant. Je joue avec le spectateur et m’amuse à tricher, à lui mentir, à lui faire croire que… en laissant toujours des indices pour que celui-ci puisse transformer sa perception et son point de vue, mais ceux-ci sont parfois de faux indices. 

Un doute perdure alors : La photographie est-elle une simple prise de vue de l'installation ? Qui précède qui ? Et si c'était la photographie qui précédait l'installation ?